Concours 2007 de Cas Cliniques
d'Ophtalmologie Vétérinaire

 

CAS CLINIQUE N°1  


Lifting frontal lors de ptose palpébrale bilatérale


Par le Dr Alexandre KAISER

Résumé

Une chienne Matin de Naples et un Sharpei sont présentés en consultation pour une baisse de la vision. L'examen des annexes oculaires met en évidence une position anormalement basse de l'ouverture palpébrale avec une chute modérée du canthus externe de l'oeil (le clignement à la menace est absent). Le diagnostic de ptose palpébrale bilatérale est posé. Cette ptose est due à un excès de peau frontale et à une trop grande laxité cutanée. La technique du lifting frontal qui consiste en une exérèse d'un pli de peau au sommet du crâne permet de replacer les fentes palpébrales dans leur position physiologique et d'améliorer la vision de l'animal de façon plus ou moins durable (avec l'âge, l'anomalie a tendance à se reformer).

Points forts

- Le pli de peau effectué manuellement au sommet du crâne permet de confirmer le diagnostic de ptose palpébrale et d'apprécier la correction à apporter.

- Le pli de peau frontal peut être maintenu par des pinces à entérectomie afin de faciliter son éxèrèse pendant la chirurgie.

- L'hémostase per-opératoire est une étape très importante du lifting frontal.

- Une chirurgie sur les paupières seules est inefficace lorsque le bord de la paupière supérieure est située sous la pupille.

 

La ptose palpébrale se traduit par une position anormalement basse des fentes oculaires. La technique du lifting frontal permet de les replacer dans une position physiologique et ainsi d'améliorer la vision du patient.
La ptose palpébrale se développe chez certaines races de chien présentant un excès de peau frontale. La peau va ainsi entraîner les fentes palpébrales dans un mouvement descendant provoquant une gêne visuelle plus ou moins importante selon les cas. Elle peut être aussi associée à des symptômes oculaires [3].

CAS CLINIQUES

1) ANAMNESE : Une chienne Matin de Naples, âgée de 4ans, est présentée en consultation pour une baisse de la vision : selon le propriétaire, sa chienne se cogne souvent et paraît gêner lors de ses déplacements (photo 1). Mais à part cette gêne, celui-ci n'a rien remarqué d'inhabituel. Le 2ème cas suivi est un Sharpei de 1 an présenté pour les mêmes symptômes mais sur lequel le propriétaire a noté un écoulement oculaire important (photo 2).

2) EXAMEN CLINIQUE : Aucune anomalie n'est notée lors de l'examen général. L'examen à distance des yeux montre chez les deux chiens une ptose palpébrale bilatérale avec une position anormalement basse des fentes palpébrales par rapport aux globes oculaires. On ne note pas la présence d'entropion ni d'ectropion mais une chute modérée du canthus externe de l'oeil. Le Sharpei présente en plus un épiphora bilatéral. L'examen rapproché des deux yeux au biomicoscope est normal. L'exploration de la fonction visuelle met en évidence une absence de réponse au test de clignement à la menace chez les deux patients. Les réflexes photomoteurs sont normaux au niveau des deux yeux. Un parcours d'obstacle est mis en place et les deux chiens présentent de réelles difficultés à l'effectuer, se cognant à de nombreuses reprises. Les autres paramètres oculaires comme l'examen du fond d'oeil (après dilatation pupillaire), la pression intra-oculaire et le Schirmer se révèlent normaux chez les deux patients.

3) DIAGNOSTIC : La fonction visuelle des deux chiens étant conservée, le diagnostic de ptose palpébrale bilatérale avec chute du canthus externe est posé. Cette ptose est secondaire à un excès cutané frontal et est responsable de la cécité des patients. Pour confirmer notre diagnostic, il est utile d'effectuer manuellement des plis de peau frontaux (le pli de peau est pris sur le sommet du crâne) [2]. Cette technique permet de repositionner temporairement les fentes palpébrales en face des yeux (photo 3) et on obtient ensuite un clignement à la menace positif.

4) CONDUITE THERAPEUTIQUE : Il convient chez ces deux chiens de procéder à une ablation des plis de peau frontaux (ou lifting frontal) afin de réajuster l'ouverture palpébrale et de remonter le canthus externe.

a. Technique chirurgicale : Après la tonte de la région supérieure du crâne, on détermine la quantité de peau à réséquer en utilisant la technique des plis de peau frontaux cités plus haut [2]. On procède ensuite à un marquage au feutre de la pièce d'exérèse et à une aseptie de la région (photo 4). Une incision cutanée qui suit le marquage pré-opératoire est effectuée au bistouri électrique (photo 5) ainsi qu'une dissection du tissu sous-cutané (on fera alors particulièrement attention à l'hémostase). Avec un Vicryl dec 3, on fixe la ligne d'incision au périoste et on effectue une suture sous-cutanée (Vicryl dec 2). L'intervention est achevée par une suture cutanée (photo 6) avec des points simples (Vicryl rapide dec 2 ou agrafes) [1-4].

b. Soins post-opératoires : La suture cutanée est protégée par un pansement collé, et une fois réveillés, on laisse repartir les patients avec une collerette pendant 15 jours et de la RILEXINE matin et soir pendant 6 jours.

5) SUIVI POST-OPERATOIRE : Le retrait des fils se fait au bout de 15 jours, ce qui nous permet de faire un contrôle de la cicatrisation et de la correction apportée. Chez le Sharpei, on note une disparition de l'épiphora, ainsi que 3 cm de suture non cicatrisée que l'on corrige par la pose de 5 agrafes (photo 7). Le Matin de Naples ne présente pas de problème de déhiscence de plaie mais on note une légère ptose persistante au niveau de l'oeil droit. Cependant la sous-correction ne provoque aucune gêne visuelle secondaire (photo 8). Dans les deux cas, on note un clignement à la menace positif ainsi qu'un parcours d'obstacle réalisé sans problème. Les propriétaires nous rapportent une amélioration du confort de leurs chiens respectifs. Le Matin de Naples sera revu au bout de 3 mois : la sous-correction de l'oeil droit ne s'est pas aggravée.

DISCUSSION

Bien qu'il n'en soit pas question dans les deux cas décrits, la chute du canthus externe, quant elle est importante, peut engendrer un entropion supéro-externe ainsi qu'un ectropion inférieur. On observera à l'examen clinique une inflammation souvent chronique de la cornée associée à un épiphora. Dans ce cas-ci, le motif de la consultation sera plus souvent un Ļil rouge qu'une perte de la vision [1-2-3]. La ptose palpébrale est fréquemment observée chez des races comme le Cocker américain ou anglais, le Chow-chow, le Sharpei et le Basset Hound. Mais elle n'est que très rarement traitée chirurgicalement ( la chirurgie n'étant indiquée que chez des individus montrant une gêne visuelle importante) [1-2].

a. Lifting frontal
Ce qui peut passer pour une chirurgie plutôt simple au premier abord, se révèle plus compliquée en pratique. L'hémostase, le temps de dissection et la suture en font une technique assez longue. La difficulté de l'intervention réside dans l'irrigation importante du territoire cutané et sous-cutané ce qui provoque des hémorragies per-opératoires importantes [2]. De plus, il est délicat de déterminer avec précision la quantité de peau à enlever pendant la chirurgie. Pour cela on peut s'aider en fixant le pli de peau par des pinces à entérectomie (figure 1), on peut ainsi visualiser plus facilement la correction à apporter. Il faut prévenir les propriétaires que la chirurgie peut modifier de façon importante la conformation faciale de leur chien et être réservé quant au pronostic (avec l'âge, l'anomalie à tendance à se reformer) [1]. Les résultats sont par contre visibles immédiatement après la chirurgie.

b. Techniques éventuellement associées
Dans les cas du Matin de Naples et du Sharpei, le lifting seul permettait d'apporter une correction suffisante. Mais chez certains chiens présentant une ptose palpébrale associée à une chute importante du canthus externe (provoquant un entropion supérieur et un ectropion inférieur), il peut être intéressant d'associer le lifting à une chirurgie des paupières [2-3]. Ces techniques, qui ont pour but de remonter et de tirer latéralement le canthus, peuvent aider à un meilleur traitement de l'entropion et de l'ectropion. Cette association donnera des résultats post-opératoires qui seront à long terme plus durables que le simple lifting. Plusieurs techniques ont été proposées comme, la canthoplastie par fixation du muscle orbiculaire et la canthoplastie en Z [2]. La première technique citée a pour principe de tendre latéralement les paupières en formant une attache solide entre le muscle orbiculaire et l'os zygomatique à l'aide d'un ruban de Dacron (figure 2) .La simplicité de cette technique est séduisante mais il est très compliqué de trouver la tension adéquate à appliquer pour rectifier la position du canthus (on se retrouve souvent avec une tension excessive). La canthoplastie en Z est une technique plus ancienne qui permet aussi de remonter le canthus mais pas de le fixer (figure 3). Les résultats sont donc moins durables. Ces deux techniques peuvent être utilisées seules lors de ptose modérée où l'excès de peau n'est pas très important [2-3]. Mais en pratique, il faut retenir qu'une intervention sur les paupières seules est inefficace lorsque le bord de la paupière supérieure est située constamment sous la pupille [2].

c. Variante chirurgicale
Dans le cas des chiens possédants des oreilles lourdes (Cocker, Basset hound), celles-ci participent de façon importante au glissement de la peau provoquant la ptose. Ce glissement se fait alors surtout de chaque côté de la tête. Chez ces chiens, il est intéressant d'enlever le pli de peau sur la ligne sagittale du crâne afin de remonter l'attache des oreilles et d'apporter une correction mieux adaptée [1].

Peu de cas de ptose palpébrale traitée chirurgicalement ont été publiés à ce jour, car les cécités ou les gênes importantes occasionnées sont rares. On peut toutefois citer les résultats de P.Bedford [1] qui a traité des Cocker anglais grâce au lifting frontal. Sur les 18 cas suivis, aucun n'a subi de seconde intervention, 14 ont été suivis 2 ans sans récidive et 3 pendant 6 ans. Dans seulement 10% des cas, il a été noté une ligne de suture élargie à cause du poids des oreilles.

BIBLIOGRAPHIE :

1- Bedford P. Surgical correction of facial droop in the English Cocker Spaniel. JSAP 1990. 31:255
2- Clerc B. Ophtalmologie vétérinaire. 1998
3- Gelatt K. Veterinary Ophtalmology. 2000
4- Gelatt K. Small animal ophthalmic surgery (vol 1). 1998


RETOUR A LA PAGE CONCOURS CAS CLINIQUES