DOSSIER
Les développements à venir
en ophtalmologie canine

Auteur : Dr Laurent BOUHANNA - Praticien exclusif en ophtalmologie vétérinaire (Paris)
Certifié d'Etudes Supérieures en Ophtalmologie vétérinaire
Diplômé Universitaire de Chirurgie Ophtalmologique
Diplômé Universitaire de Microchirurgie

 

L'ophtalmologie fait partie des disciplines en médecine vétérinaire qui a connu des progrès immenses dans les dix dernières années. A quoi peut-on s'attendre dans les dix ans qui viennent ?

• La chirurgie de la cataracte chez le chien a connu un développement fulgurant avec la phaco-émulsification (technique de fragmentation et d'aspiration du cristallin par une incision de très petite taille).
La technique que l'on emploie actuellement est exactement la même que pour l'homme.
Les implants intra-oculaires utilisés actuellement se sont beaucoup développés ces cinq dernières années. On emploie maintenant des implants pliables. Les recherches doivent permettre d'améliorer encore la qualité de ces implants et favoriser leur mise en place (implant injectable en particulier).

• La chirurgie du glaucome reste encore à l'heure actuelle un défi pour le vétérinaire. La conservation de la vision suite au glaucome est rare. Le développement récent du laser en France permet de mieux contrôler la pression intra-oculaire et donc le glaucome.
Le développement de nouvelles techniques de drainage de l'humeur aqueuse devrait permettre dans les années à venir de conserver les yeux intacts plus longtemps (aujourd'hui, on arrive en moyenne à contrôler le glaucome environ 6 mois avec les techniques de drainage actuelles).

• En matière de traitement médical, c'est du côté de la galénique que les nouveautés devraient apparaître.
En particulier, le problème majeur des collyres actuels est leur rémanence : il ne reste que très peu de temps au contact de l'Ļil, et les instillations doivent donc être répétées très fréquemment (ce qui n'est pas toujours facile à faire sur un animal un peu agité !).
Des petits "inserts" placés sous la paupière par le vétérinaire et libérant le médicament au contact de l'oeil devraient se développer dans les années à venir. Cela limiterait donc à la fois les contraintes de l'instillation de collyre par le propriétaire et augmenterait la rémanence et donc la force du traitement.

Des études viennent très récemment d'être publiées sur l'emploi de tels inserts pour obtenir une mydriase (dilatation de la pupille).

• De nouveaux médicaments devraient voir le jour :

- Les antiglaucomateux se développent régulièrement chez l'homme et les mêmes molécules sont employées chez le chien. Le Xalatan (d'apparition récente) donne d'excellents résultats chez le chien. A l'avenir, nous devrions profiter en tant que vétérinaire des progrès chez l'homme en matière de traitement du glaucome.

- On attend toujours un traitement préventif de la cataracte qui fasse réellement ses preuves. On ne prescrit actuellement que des compléments entrant dans le métabolisme du cristallin, mais n'ayant pas à l'heure actuelle montré d'efficacité scientifiquement prouvée.

• Un autre grand défi pour le vétérinaire (comme pour le médecin) reste le traitement des dégénérescences rétiniennes. Ces dégénérescences rétiniennes ou atrophies rétiniennes sont très fréquentes dans de très nombreuses espèces de chien (caniche, cocker, Yorkshire terrier...). La recherche sur les greffes de rétine semble ne pas avoir apporté les résultats escomptés. C'est donc du côté de la thérapie génique que l'on se tourne. Le but est de remplacer le gène ou les gènes responsables de la maladie, puis d'identifier clairement les molécules impliquées dans les processus pathologiques. L'avenir est donc dans la thérapie génique ; mais dire cela n'est pas très original : n'est-ce pas la direction vers laquelle s'oriente aujourd'hui la clinique toute entière ?